Les ménages face à la crise : une sensibilité accrue aux prix de l’énergie
Une nouvelle étude de Jean Hindriks, Lucie Paré et Valério Serse montre que les ménages belges adaptent davantage leur consommation de gaz et d’électricité lorsque les prix deviennent fortement volatils. Un résultat important pour la conception des politiques énergétiques et climatiques.
La crise énergétique de 2021-2024 a profondément modifié le comportement des ménages belges face aux prix de l’énergie. Entre 2014-juin 2021 et la période de crise, le prix moyen de l’électricité a augmenté de 150%, tandis que celui du gaz a progressé de 180%.
Cette forte hausse a renforcé la sensibilité de la consommation aux prix. L’étude montre que l’élasticité-prix de la demande de gaz et d’électricité est plus élevée, en valeur absolue, durant la crise que pendant les périodes de prix plus stables. La crise a agi comme un électrochoc, rendant les consommateurs bien plus sensibles aux coûts de l’énergie.
Des comportements qui changent en période de crise
L’effet est particulièrement marqué pour le gaz : avant la crise, les prix n’avaient pas d’effet statistiquement significatif sur la consommation résidentielle. Durant la crise, la hausse des prix a au contraire conduit les ménages à réduire leur consommation. La sensibilité aux prix s’est également renforcée pour l’électricité.
Les ménages n’ont toutefois pas été exposés de la même manière au choc. Les contrats à tarif fixe ont joué un rôle d’amortisseur, tandis que les contrats variables ont davantage répercuté les fluctuations des prix de marché. La forte médiatisation de la crise, une plus grande visibilité du coût de l’énergie et l’exposition accrue aux variations tarifaires pourraient également avoir renforcé l’attention des ménages à leur consommation. Ces mécanismes restent toutefois à confirmer empiriquement.
Des implications pour la tarification du carbone
Ces résultats appellent à la prudence dans l’utilisation des élasticités-prix pour évaluer les politiques énergétiques et environnementales, notamment la tarification du carbone.
Une élasticité mesurée en période de crise ne peut pas être transposée automatiquement à une période de stabilité des prix. Une tarification progressive du carbone pourrait ainsi produire des effets différents selon le contexte économique et le niveau de volatilité des prix.
Ces résultats sont également importants pour anticiper la demande future d’énergie et dimensionner les capacités de production.
Le défi d’une transition énergétique équitable
La transition vers des marchés de l’énergie davantage décarbonés pose un dilemme : des prix variables peuvent favoriser l’adaptation de la demande aux énergies renouvelables, mais une forte volatilité peut aussi accroître les risques et les inégalités auxquels les ménages sont confrontés.
Cet enjeu est au cœur d’un projet de recherche européen financé par Horizon Europe (2026-2030), auquel participe l’UCLouvain aux côtés de huit autres universités, consacré à l’analyse et à la réduction des risques et des inégalités liés à l’énergie pour les ménages.
«La crise énergétique montre que les ménages ne réagissent pas de la même manière aux prix lorsque ceux-ci sont stables ou lorsqu’ils connaissent des variations exceptionnelles. Cette dépendance au contexte doit être intégrée dans l’évaluation des politiques énergétiques et climatiques.»
Pour aller plus loin
L’étude complète : Hindriks, J., Paré, L. & Serse, V. (2026). «Revisiting energy demand elasticity, the power of regime switch» (LIDAM Discussion Paper, 2026).
Méthodologie : Analyse économétrique basée sur trois approches complémentaires (modèle à élasticité constante, modèle autorégressif, modèle avec rupture structurelle).
Données : Prix et consommation résidentielle d’électricité et de gaz en Belgique (2014-2024).

